2019-2020
Les Carnets d'un acteur
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Vaucluse Matin
Une mise en scène d’une profondeur radicale
Après sa version bouleversante en 2017 de la pièce « Dans la solitude des champs de coton », sa mise en scène contemporaine et audacieuse pour l’opéra du « Dialogue des carmélites » que l’on a pu voir en janvier dernier, le metteur en scène, plasticien et dramaturge Alain Timár signe une mise en scène d’une profondeur radicale, intime et très personnelle avec « les Carnets d’un acteur ».
Une prise de risque sans filet où tout repose sur le verbe. Un spectacle interprété avec puissance par Charles Gonzales, dans une scénographie épurée voire dépouillée. Le jeu des lumières et miroirs concentre les différents aspects de la psyché de Fedor, homme à la tête presque éclatée de par son cœur trop bouillonnant d’humanité, livré à une solitude tel un puits sans fond, mystique et révolté, lucide et ridicule bouleversant d’amour pur en sa lumière intérieure, lui qui n’est qu’un simple homme à tout faire dans un théâtre…
Un mutisme qu’il transcende, un soir dans le théâtre vide où sa parole jaillit : galerie de portraits, de mots, de personnages shakespeariens, entremêlée de psaumes, de Dostoïevski et de Qohelet. Et pour parachever, tel un filigrane, la musique de Kodaly.
Un pari réussi et audacieux pour cette création d’une grande exigence où Alain Timár se renouvelle une fois de plus, peut-être là où on ne l’attend pas et c’est tant mieux. Car cette prise de parole d’une densité extrême, salvatrice et humaniste, apporte par sa présence un regard lucide sur tous les écorchés vifs que bâtit notre société.

L’Humanité
Alain Timár met en scène au cordeau ce parcours sur le plateau nu qui ne se remplit qu’avec des costumes sur des mannequins déplacés à la main qui ramènent, au final, à l’imaginaire du travail théâtral. Gonzales est comme un halluciné. Il arrive d’abord en Fédor qui balaie consciencieusement la scène en hommage, par le prénom, au grand auteur russe chez qui tout est conscience. Epoustoufiante performance, l’acteur enfile comme des perles sur un fil invisible Homlet, Othello, Macbeth, Le Roi Lear. Ce ne sont pas des citations d’études, encore moins d’érudit, ce sont, au sens propre du terme, des fulgurances, des mots brandis comme des balles. Car Shakespeare, c’est la guerre, la guerre du pouvoir, la guerre des ambitions, la guerre des jalousies. Dans une séquence impressionnante, l’acteur qui a roulé sa bosse, à la dégaine de celui qui a, déjà, « vécu », au visage marqué, finit en traînant au sol, au bout de ses bras, comme un soldat défait, armure et épées. En un éclair, on peut y déceler un message : le comédien suggère, qu’au travers du grand auteur élisabéthain, on s’épuise à traîner le monde de la guerre et de la cruauté comme une misère. Il n’est pas interdit de penser à aujourd’hui.

Plus de Off
Rester claquemuré dans un théâtre, une fois achevée la besogne quotidienne des basses œuvres, développer ses idées sur la marche du monde en convoquant à volonté des scènes de Shakespeare, des mannequins costumés en guise de contradicteurs, n’est-ce pas là être « ridicule » ainsi que se qualifie volontiers Fédor, voire fou ? Ou cette folie n’est-elle pas plutôt l’expression d’une extrême lucidité ?
Tout l’intérêt de « Les Carnets d’un acteur », seul en scène dont Alain Timár signe l’adaptation (principalement d’après une nouvelle et un roman de Dostoïevski, le rêve d’un homme ridicule et Les carnets du sous-sol), la mise en scène et la scénographie en s’appuyant sur Charles Gonzalès au jeu, réside dans la mise à l’épreuve de la frontière entre folie et lucidité. Lui qui un temps s’était rêvé acteur, Fédor balaie la scène, puis l’occupe dans d’interminables discours. Il est selon toute apparence un rebut de la société, définitivement en marge. Ce serait pourtant inverser les rôles. La réclusion de Fédor dans le théâtre, lieu et textes, est volontaire. Elle est l’unique substitut à cette planète qu’il ne cesse d’évoquer, une abstraction qui a pour seule propriété tangible d’être autre que celle dont la course est et restera imposée par les funestes desseins qu’avant lui Shakespeare a observé chez les hommes.
Si la pièce n’est sans doute pas à ranger dans la catégorie d’un fastidieux théâtre sur le théâtre et échappe à l’expression-valise de mise en abyme, le théâtre n’étant d’ailleurs ni son sujet, ni sa finalité, elle peut difficilement être présentée comme étant d’un abord aisé. Mais au bout de l’effort de hissage, on trouve la qualité d’écriture et de mise en scène d’Alain Timár, ainsi que le jeu solide et exact de Charles Gonzalès. Une prestation éblouissante de Charles Gonzalès.
Un monologue d’une heure et demie, quel exercice périlleux, casse-gueule s’il en est ! Alain Timár, le metteur en scène, a trouvé le seul acteur ca- pable de relever un tel défi. La prestation de Charles Gonzalès en Fédor est é-pous-tou-flan-te.
Acteur raté, probablement bipolaire, Fédor est devenu homme à tout faire dans un théâtre. Il balaie, range, monologue et... joue, puisant dans les ac- cessoires et costumes à sa disposition, couronne, fleurs, poignard, épées, armure, mannequins hommes ou femmes. Il est convaincu que tous ces ac- teurs qui jouent Shakespeare sont nuls. Lui seul peut vraiment être Richard II, Hamlet, Macbeth, le roi Lear, Othello ou Titus Andronicus, la preuve par maints extraits ! On est pris de pitié pour ce pauvre type, et ô paradoxe, confondu d’admiration pour celui qui le joue. Dostoïevski révérait Shakespeare et sa Bible ne le quittait pas (ici emprunts à l’Ecclésiaste, Qohélet en hébreu). Alain Timár nous offre une brillante syn- thèse des trois. Tout y est, de la condition humaine : la vie, la mort, l’amour, le pouvoir, la vanité –devenue « fumée » dans son adaptation, bref l’ombre et la lumière.
Et à propos, sans tout révéler des surprises scénographiques du metteur en scène : j’ai adoré ce rideau écarlate, symbole même du théâtre, qui se métamorphose en flaque, puis en mer de sang...

Le Bruit du OFF
Artiste protéiforme, Alain Timár revient dans son théâtre après le succès mérité de sa mise en scène des « Dialogues des Carmélites » pour l’Opéra d’Avignon et c’est avec le comédien Charles Gonzalès qu’il monte « Les Carnets d’un acteur ». Une fois encore le metteur en scène surprend par ses pas de côté qui ne laissent jamais place à la routine.
Explorateur et toujours avide de recherche, Alain Timár signe là une mise en scène très différente de ses dernières créations mais au travers d’une même exigence, d’une évidente précision et d’un amour de l’Acteur. En l’occurrence, c’est avec ce grand comédien qu’est Charles Gonzalès que le metteur en scène livre là une pièce exigeante et profonde.
Sur scène, il y a Fédor, vieux comédien un peu fatigué et peu reconnu, qui a trou- vé là, dans ce petit théâtre, de quoi gagner sa vie en tant qu’homme à tout faire. Rideau baissé, il déambule en attendant l’entrée du public. Mais Fédor c’est avant tout ce fou de théâtre et de mots, surtout ceux de Shakespeare, il en connaît toutes les pièces et tous les recoins. Laissant le temps d’un instant son balai, Fédor, que ses amis surnomment Will, ose et se faufile sur scène dans la peau de ses person- nages préférés et va offrir tout son amour du théâtre et des hommes au monde, toute cette humanité débordante et parfois encombrante qu’il ne peut exprimer ailleurs que dans ce théâtre vide. Les mots fusent et le comédien virevolte et pa- pillonne autour de ces grandes figures théâtrales, celles des pièces de Shakes- peare et de Dostoïevski, ou sur des textes des « Psaumes « et du « Qohélet «. Le cynisme face à ce monde devenu incompréhensible ne parvient pas à cacher cet amour infini de l’autre. Fantôme parmi ces fantômes, le vieux comédien ouvre son cœur et se met à nu.
Un spectacle au propos complexe et parfois foisonnant où l’exigence des textes demande une attention particulière et une écoute toute entière face à un comédien qui, durant près de deux heures, tient à bout de bras cette pièce dense et forte dont la proposition ne peut laisser indifférent. Sous la direction au cordeau d’Alain Timár, le comédien Charles Gonzalès enivre la salle de ses maux et de ce trop-plein d’amour, de ce mélange encombrant de sentiments antagonistes. Une nouvelle réussite pour cette création d’Alain Timár qui ne laisse décidément aucune place à la facilité.

La Provence
Quarante ans qu’il est enfermé là, dans ce théâtre, à écouter Shakespeare, Dostoïevski. Alors, quand il a fini de balayer, l’amoureux fou de grands textes, se prend pour un acteur. Toute l’humanité́ l’accompagne : Hamlet, Titus Andronicus, Othello, Falstaff, ou les « Psaumes ». Et puis il y a le peuple des mannequins. Des miroirs s’en mêlent. Même son double lui parle depuis un écran... Où est le théâtre? Et où est la réalité́ ? Ils sont réunis dans le corps charnel d’un acteur sacré, Charles Gonzalès jouant un acteur qui joue... cent et un personnages. Égaré. Mais souverain. Car il est interdit de tomber de cette ligne à haute tension où Timár l’a convoqué́. Au risque de perdre tous les fantômes que le spectacle trop froid encore, pourrait (r)éveiller. Nul doute qu’ils viendront, apportant à tous un peu de folie.

Boite à culture
La toute nouvelle création du dramaturge et plasticien Alain Timár a été dé- voilée au public avignonnais durant quatre jours. “Les carnets d’un acteur” est un seul en scène pour le comédien Charles Gonzales qui livre une pres- tation époustouflante. Le texte au cordeau et la scénographie déglinguée donnent corps à une pièce rude, lucide, érudite et parfois drôle. La création du directeur du Théâtre des Halles est prête pour le Festival Off d’Avignon et sera programmée du 6 au 29 juillet.
“Les carnets d’un acteur”, voilà la nouvelle création du dramaturge, plasticien et directeur du Théâtre des Halles, Alain Timár. Pour soutenir un texte aussi exigeant avec un metteur en scène qui n’aime pas l’à peu près, il fallait un comédien aussi érudit et solide que l’est Charles Gonzales. Et pour réunir deux fortes personnalités de cette envergure, le projet devait être ambitieux. Il s’est dessiné au cours de l’hiver lors de nombreux échanges téléphoniques dont l’issue a été de retenir plusieurs textes : deux sacrés, “Les psaumes” et le “Qohélet”, “Les carnets du sous-sol” et “Le rêve d’un homme ridicule ” de Fédor Dostoïevski, ainsi que quelques textes de Shakespeare. Cette impro- bable mixture de textes religieux et de littérature russe et anglo-saxonne a donné naissance à un personnage qui fera date : Fédor. Un homme de ménage frustré et posséde.
Il parle seul, il déblatère sur des comédiens tous plus mauvais les uns que les autres, il refait le monde à sa façon et surtout il éructe d’un trop plein de savoir. Fédor est épuisé d’écouter les quolibets de ces mauvais interprètes, alors un soir il fait tomber le rideau et il joue, pour lui et pour l’amour de ces mots qu’il tient prisonnier et qui le rend fou. Il est possédé, il libère sa colère contre l’humanité qu’il dénonce avec véhémence, mais il rit aussi, d’un rire candide aussi furtif que surprenant. Il ne joue pas Othello, Hamlet, Le Roi Lear ... il les habite. La scénographie est dépouillée, colorée et inventive et d’une profondeur absolue. Alain Timár fait le choix d’une mise en scène occu- pant rigoureusement l’espace. Pour donner du rythme, la musique de Kodaly en filigrane est dosée avec parcimonie. Le comédien est un Fédor qui irradie de sa présence magnétique. Sa folie est empreinte d’une lucidité glaçante, son humanisme est intense et son combat contre lui-même est une ode poé- tique à ceux qui se tiennent sur le fil dans un monde sans pitié.

La Théâtrotèque
Un spectacle plein de paradoxes... et qui pourtant nous renvoie à une réalité qui est celle fondamentale, essentielle, de toute vie humaine. Alain Timar, dans sa mise en scène, a su voir cela à travers son personnage. Celui-ci, magnifiquement incarné par Charles Gonzalès, représente probablement chacun de nous. Il est un acteur... Doublement ! Balayeur dans un théâtre, il est aussi un lecteur assidu de Shakespeare et de ses personnages. Il est vrai qu’il y a tout dans Shakespeare et que son théâtre n’est que le reflet de la vie dans toute sa variété. Il y a certes le comique mais aussi le plus désespéré des tableaux tragiques... La sagesse et la folie, le ridicule et le sérieux... Ridicule, c’est le premier sentiment qui le taraude sans cesse... On le traite de fou en se moquant de lui. Mais la folie n’est- elle pas le lieu commun de l’humain... Et nous sommes tous et chacun des acteurs.
Dostoievski aimait beaucoup Shakespeare. Plus exactement, il appréciait beaucoup ses personnages en qui il savait se retrouver, même si ces retrouvailles étaient rien moins que douloureuses. Car on est à chaque fois incertain de sa propre identité... Ce qui finalement persécute notre héros – mais n’est-il pas une part de nous-mêmes ? - c’est l’impermanence des choses... vues comme en un miroir... spectacle en fin de compte, de la mort...
Il faut voir ce spectacle comme on se voit soi-même... Dans un miroir... Comme ce miroir dont le Moyen-âge disait qu’il était « le vrai cul du Diable » ... Ce miroir dans lequel on n’a pas fini de se voir...

Singulars
Les carnets d’un acteur, d’après Fiodor Dostoïevski (Théâtre des Halles) Pour ce festival 2018, le directeur du Théâtre des Halles, Alain Timár, a adapté et monté un spectacle puissant et sobre, qui fait la part belle à de grands textes : Les carnets du sous-sol et Le rêve d’un homme ridicule de Fiodor Dostoïevski, ainsi que de nombreux extraits de Shakespeare (Hamlet, Othello, Macbeth, etc), des Psaumes et du Qohélet. Pour les interpréter, il a choisi un comédien particulièrement talentueux : Charles Gonzalès (à l’affiche cette année à Paris dans Charles Gonzalès devient Camille Claudel, voir Singulars) et opté pour une mise en scène des plus sobres, faisant parfois appel à la vidéo-projection. Et l’émotion est au rendez-vous. Charles Gonzalès incarne avec brio Fédor, un balayeur de salle de théâtre, épris de théâtre et grand admirateur de Shakespeare, perdu dans la vie et dans ce monde qui ne le comprend pas. Lorsque la scène est vide, il franchit le rideau et incarne tour à tour tous les grands rôles du répertoire shakespearien. Lui que l’on dit ridicule. Lui que l’on dit fou. Lui qui connaît la vérité...
Il nous questionne sur toutes les grandes questions métaphysiques, le bien, le mal, la folie, la guerre, la souffrance, l’argent, l’honnêteté, la traîtrise, ainsi que la vie et la mort, bien sûr. Car comme le dirait Périclès, « le souvenir de la mort doit être comme un miroir qui nous fait voir que la vie n’est qu’un souffle : s’y fier est une erreur... » ou comme l’écrivait Shakespeare : « la vie est une histoire, racontée par un fou, pleine furie et de bruit, et qui ne signifie rien ». Une très belle œuvre, qui force à la réflexion !

Spectatif
Une leçon de théâtre sur le théâtre que ce spectacle soigné, léché et vibrant, louant toute la noblesse de cet art. De l’adaptation aux mises en espace et en jeu réalisées par Alain Timár jusqu’à l’interprétation magistrale et im- pressionnante de Charles Gonzalès, voici un moment rare.
L’adaptation de textes de Dostoïevski et le choix d’extraits de scènes du répertoire de Shakespeare nous offrent d’éblouissants passages de la vie du concierge Fédor, éperdument passionné par le théâtre. Une vie traversée de renoncements haineux de ses espoirs impossibles et de sa solitude arrachée à la vie qu’il cache au regard des autres. Son refuge dans la folie n’a d’égal que son amour du théâtre.
Blessé par les mauvais hasards qui ont jalonné son passé et par le manque de reconnaissance, meurtri sans doute par la rancœur qu’il en a conçue, par une bile plus aigre que les plus acerbes insultes qui volent vers lui, Fédor surnommé Will, erre et vit en secret dans le souterrain de son bonheur, les scènes illustres, les répliques saillantes des textes qu’il vénère.
Se cacher pour se protéger, s’oublier pour s’abstraire, casser les liens qui le relient aux autres, vivre pour et dans sa passion, jusqu’où pourra-t-il marcher sur ce chemin-là ?
Ce spectacle donne à voir, à ressentir et à réfléchir ce qui compose un tel dévouement proche de l’idolâtrie pour les mots, les personnages, ces autres soi-même qui vivent tant et tant de vies, cette frustration de ne pas être acteur qui se dilue dans les rôles par effet de sublimation. Les textes choisis font mouche, nous touchent le cœur, nous hérissent la pensée.
La scénographie d’une simplicité à l’épure réfléchie est d’une redoutable efficacité. Le comédien Charles Gonzalès s’en empare avec vélocité et flui- dité. Il montre une puissance dramatique remarquable, une sensibilité et une vérité de chaque instant. Son interprétation est intense et inouïe, sa présence chaleureuse, envoutante et captivante.
Un spectacle fort par son propos aux allures d’ode au théâtre et aux ac- teurs, lumineux et saisissant par son interprétation. A ne surtout pas manquer. Une des perles du festival à n’en pas douter.

Théâtre au vent
Toutes ces prières, ces lamentations, ces cris, ces larmes qui se brouillent souvent coincées au fond de la gorge avant d’éclater en sanglots amers et ridicules.
Disons que c’est le raz de marée humain, cela qui croupit sous la sangle et ne peut se repêcher que sous forme de lambeaux, lambeaux de phrases, branches décharnées, pourries ou malodorantes.
Pourtant cette eau stagnante où grouille la misère humaine, engendre des monstres tels que Shakespeare ou Dostoïevski.
Les monstres ne font que montrer ce que l’on ne voit pas à l’œil nu. Tous les personnages de Shakespeare sont des monstres, ils s’avancent vers cette gorge profonde que représente le théâtre, pour ainsi dire à poil.
Car c’est toute de même la magie du verbe qui permet à tout être de se désigner, de se dire, hors champ de sa physionomie, en balançant ses pensées vers l’inconnu.
L’acteur a pour interlocuteur cet inconnu. C’est un fou car il entend des voix qu’il croit être les siennes. Celles que nous entendons manifestement le décrivent, sans gloire, désabusé, désenchanté et pourtant elles le portent. Il y a probablement ce bonheur de contenir, ne serait-ce que l’espace d’une représentation, toute une foule de personnages grâce, nous l’avons déjà dit, la magie du verbe.
A-t-il encore besoin de se demander qui il est, cet acteur. Il est ces personnages qui soudain occupent son propre espace, qui doivent se contenter de sa voix d’acteur solitaire, inconnu, mais qui leur offre tout de même sa flamme, avec cette ambition, d’être lui-même un personnage au bord de l’inconscience, juste drapé d’un merveilleux fantasme, un rideau rouge fabuleux.
Le spectacle conçu par Alain Timár est à la mesure de son interprète Charles Gonzalès, magnifique, notmment dans la dernière tirade qui énumère toutes les actions d’un homme pour s’atteindre, juste s’atteindre.

Théâtrorama
Les carnets d’un acteur – mise en scène d’Alain Timar
L’avant-scène est nue, au lointain un rideau rouge, ou plus exactement un pongé de soie. C’est un rouge lumineux, brillant, sa transparence est belle. Derrière ce rideau, un homme balaye inlassablement, habitué aux mouvements de répétition.
C’est Fédor, surnommé avec ironie, Will, comme pour mieux lui rappeler William Shakespeare qu’il vénère. Depuis longtemps il est l’homme à tout faire du théâtre. C’est ainsi qu’il gagne sa vie. C’est affligeant et il le sait très bien. Son rêve à lui, c’est jouer Shakespeare sans concession ! À quoi pense-t-il ? cherche-t-il quelqu’un ou quelque chose ? Rêve-t-il ? Est-ce le public qu’il guette ? Son corps est tendu, prêt à s’élancer dans un habit de roi ou de prince, il ne dit rien, observe simplement. Soudain il passe devant le rideau, la parole vient et ne le lâchera plus durant tout le spectacle. Ainsi démarre Les Carnets d’un acteur.
Le spectacle fait place à l’audace de l’écriture et au jeu du comédien
L’écriture d’Alain Timar est puissante, son travail d’adaptation autour des œuvres shakespeariennes, reste marqué par un fil conducteur : faire jouer Fédor. Fédor est un être blessé, emporté dans sa tourmente de comédien raté. Il ne comprend pas ce qu’il fait là, pourquoi ne lui a-t-on jamais confié de grands rôles, lui qui les adore. Qu’a t’il fait pour ne pas faire partie de la grande famille des tragédiens ? Le saura-t-on vraiment ? Il est en colère, Shakespeare est son Maître, il le connaît sur le bout des doigts. Tant pis, il va jouer pour lui, pour lui seul. Avant que le public ne prenne place dans la salle, il s’habille d’un manteau noir, et vit comme un rêve, sa folie d’homme. Apparaît Richard III, Hamlet et tous les autres, vêtus de couleurs, de lumière, d’imagination effroyable, de miroirs symboliques, et de mannequins qui envahissent le plateau.
Une mise en scène jubilatoire
Fluide (le rideau rouge déplié au sol sur lequel marche pieds-nus le comédien est magnifique), juste (la vidéo de Quentin Bonami est génialement bien trouvée), et enluminée (la création lumière de Richard Rozenbaum donne la puissance néces- saire aux différentes scènes), elle permet au spectateur de reprendre son souffle, envahit par le monologue de Charles Gonzalès, impressionnant de vérité. La per- formance narrative est exceptionnelle. Certains trouveront une difficulté autour de l’exubérance du texte. Certes, ce n’est pas un spectacle facile, mais aller au théâtre c’est aussi écouter, voir, ressentir les émotions d’un auteur, d’un metteur en scène et des comédiens. C’est aussi la force qu’impose cette pièce qui ne laisse personne indifférent.

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