2019-2020
La Légende d'une vie
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Comment résister à l’image idéalisée par toute une famille, tout un pays, de son héros de père ? Comment se construire face à ce modèle insurpassable, surtout quand on est un artiste, comme lui ? C’est le dilemme qui gâche la vie du jeune Friedrich, dans la Vienne de 1919. Sa mère (Natalie Dessay, tragique et troublante) veut garder intacte l’image d’un homme qu’elle vénérait. Le fils en crève. Jusqu’à ce qu’il découvre un secret conjugal bien caché… Méconnue, cette œuvre met en scène les thèmes habituels du mélancolique viennois Stefan Zweig (1881-1942). Le mensonge, l’illusion, la quête éperdue d’une identité souvent fracassée. Habilement montée par Christophe Lidon dans de très beaux décors et costumes Art déco, elle se regarde et s’écoute avec le charme désuet des œuvres douloureuses du temps passé.


Dans un décor de Catherine Bluwal, Christophe Lidon met en scène « La légende d’une vie », dirigeant Natalie Dessay, Macha Méril, Gaël Giraudeau, Bernard Alane, Valentine Galey dans une pièce douloureuse mais qui finit bien. Au Théâtre Montparnasse.
On connaît peu, en France, cette pièce de Stefan Zweig qui date de 1919. L’écrivain en situe l’action à Vienne, à la même époque. La légende d’une vie est ici présentée dans une version scénique de Michael Stampe, collaborateur régulier du metteur en scène et excellent directeur d’acteurs Christophe Lidon. Sur une traduction littérale de Jean-Yves Guillaume, Stampe va vite. En général, les pièces de l’écrivain autrichien (1881-1942) sont assez copieuses. L’action est serrée, les dialogues vifs. Cela donne une pièce vive, portée par un mouvement inéluctable dont on pourrait penser qu’il conduit à un dénouement tragique. Mais c’est plutôt du côté du mélodrame que l’on se situe.
Dans la maison de Karl Franck, auteur célèbre et célébré, mort depuis quelques années, on s’apprête à renouer avec une ancienne tradition : les lectures, par un comédien fameux, de pages choisies. Ce ne sont pas les pages du grand homme disparu que l’on entendra aujourd’hui. Mais celles de son fils, Friedrich (Gaël Giraudeau). Le jeune artiste est tourmenté et sa mère, gardienne du temple, Leonor (Natalie Dessay), ne fait rien pour calmer son angoisse. Pas plus que n’est aimable l’éditeur Hermann Bürstein, biographe de Karl Franck (Bernard Alane). La sœur de Friedrich, Clarissa (Valentine Galey), mariée et déjà maman, est venue pour la soirée.
La scène d’exposition est d’une efficacité parfaite et l’on est plongé très vite dans cette atmosphère à la fois brillante et délétère. Le très beau décor de Catherine Bluwal, les costumes élégants de Chouhane Abello-Tcherpachian, la lumière de Marie-Hélène Pinon et la musique de Cyril Giroux concourent à l’harmonie de la production qui s’inscrit idéalement sur la scène du Montparnasse.
Suspense de film noir. Surgit une femme de la génération de Leonor et de Bürstein. Ils la connaissent. Mais pas le frère et la sœur. Qui est Maria Folkenhof (Macha Méril) ? Elle aimante la curiosité de Friedrich, qui devinait qu’un secret planait sur la maisonnée de son père, sans comprendre, et qui va peu à peu renouer les fils de souvenirs très lointains.
N’en disons pas plus, car il y a quelque chose d’un suspense de film noir dans la pièce, telle qu’elle est présentée… Louons les comédiens, remarquables. Valentine Galey, douce et juste, Bernard Alane, impeccable dans ce rôle ambivalent, sensible et précis, Gaël Giraudeau, que l’on avait applaudi à l’orée de l’été dans le rôle-titre d’Hamlet, est franchement remarquable. Une belle présence, une voix bien placée et un frémissement de tout l’être pour ce Friedrich dont la situation est si complexe. Macha Méril est une Maria indépendante et forte qui appuie ses propos de gestes amples, comme si elle craignait trop d’hostilité. Natalie Dessay confirme la grande intelligence d’un jeu tout en nuances, d’une présence très touchante, d’une autorité dans l’interprétation qui force l’admiration et bouleverse. Une belle soirée, franche, d’émotion et de plaisir du jeu.


Vienne 1919 : la maison d’un poète disparu à l’aura écrasante pour ceux qui y vivent encore, son fils (Gaël Giraudeau), artiste étouffé par l’ombre du héros disparu, et sa veuve (Natalie Dessay), gardienne imperturbable, prêtresse d’un culte au grand homme dont elle a façonné l’image. Une belle icône que menace d’égratigner l’irruption d’un fantôme du passé (Macha Méril), porteuse d’un secret longtemps enfoui. Christophe Lidon monte avec beaucoup d’élégance « La légende d’une vie », une pièce peu connue de Stefan Zweig. Evoluant dans des décors épurés, sa distribution brille, à l’image de Natalie Dessay, impressionnante. Elle nous laisse sans voix. Bravo.


Femme tout en contrôle Leonor, (Natalie Dessay), veuve d’un poète célèbre, a métamorphosé la maison familiale en un mausolée. Mais la solidité de ce culte va être ébranlée par l’arrivée de Maria (Macha Méril), une femme mystérieuse. Le descendant du grand homme, (Gaël Gireaudeau) qui étouffe d’être le fils de, va s’engouffrer dans cette faille bienfaitrice. Il va pouvoir rayer « ce marbre sans fêlure » pour être enfin !
La sobriété de la mise en scène de Christophe Lidon exhume toute la subtilité et la tension du texte de Zweig. Les secrets des personnages, leurs douleurs intimes, l’amour de Maria et Leonor pour un même homme (un duo excellent), tissent une toile inexorable dans laquelle s’empêtre chacun. Mais, la quête de vérité de Maria et du fils va libérer les personnages de cette présence fantomatique. Les conduisant à ne plus renoncer à leur légitimité. A être en paix avec les autres au-delà des passions de haine et d’amour. Une mise en lumière de cette pièce de Zweig, sertie comme un bijou par les cinq comédiens salués longuement par le public.


La pièce est un bijou, la distribution est prestigieuse. La nouvelle création de Christophe Lidon réjouit le public.
Pour sa nouvelle création, Christophe Lidon a choisi de nous replonger dans les mots de Stefan Zweig, avec une pièce inédite, La Légende d’une vie. Une belle réussite.
« Je veux que ce soit exactement comme autrefois, au temps des lectures de Karl Franck ». L’histoire commence alors que Leonore Franck, gardienne de l’œuvre poétique de son mari, ouvre à nouveau les portes de la maison familiale, à l’occasion d’une lecture publique. Son fils, Friedrich, dévoile, ce soir-là, sa première œuvre, non sans une certaine angoisse. Difficile, en effet, pour ce jeune auteur, écrasé par l’image d’icône nationale de son père, de se faire une place… mais ce soir-là, l’arrivée de Maria dans cette « maison contaminée par la peur et le mensonge » va faire éclater l’image de cette biographie idéale et la solidité de ce culte.
Dans un magnifique décor de panneaux rappelant les œuvres de Mondrian, deux femmes s’affrontent donc autour de la mémoire de Karl Franck : Natalie Dessay, une veuve majestueuse, autoritaire et intransigeante, et Macha Méril, « l’étrangère, qui se tait depuis vingt ans et qui dira toute la vérité ». Le reste de la distribution est tout aussi brillant : Gaël Giraudeau, Bernard Alane et Valentine Galey sont des acteurs précis, efficaces, à la grande puissance émotionnelle, qui nous transportent. Les longs applaudissements et les nombreux rappels le confirment. 


On sait l’étrange relation qu’entretien avec le théâtre Stefan Zweig : peu d’œuvres personnelles, quelques traductions et adaptations (Pirandello, Verhaeren Romain Rolland, Richard Strauss, le Volpone de Ben Jonson), mais un nombre important d’adaptations de son œuvre romanesque. Comme s’il entretenait un rapport scret avec la création théâtrale.
La pièce que Christophe Lidon sort de l’ombre, La Légende d’une vie, créée à Hambourg le jour de Noël 1919, et que propose le Théâtre Montparnasse (Paris XIV), frappe d’ailleurs par sa résonance personnelle. Elle a quelque chose d’autobiographique.
Quel en est le sujet ? On pourrait dire sommairement : le meurtre du père. On est dans la Vienne des années 1900, dans une grande famille du monde artistique (le monde d’hier !), dominée par le souvenir d’un artiste éminent dont la mémoire est entretenue par une veuve excessive. Dans une atmosphère oppressante, elle impose à son entourage, notamment à son fils, lui-même poète doué, un culte démesuré à l’œuvre et à la personnalité du père. C’est un devoir pesant pour l’adolescent. Et davantage encore quand la vérité éclatera qui démentira la légende glorieuse du passé. Ce thème est magnifique. Superbement zweigien ! il ouvre sur une variété de sentiments. La pièce est certes assez datée. Et alors, dirait Michel Fau, Molière aussi, c’est daté ! La construction est solide. Là encore, Zweig ! Les psychologies également, quitte à emprunter volontiers aux clichés. Mais au moins a-t-on devant soi des personnages, leur vérité, et une intrigue dramatique. Il y a dans le rôle du fils une passion, une révolte et une souffrance intéressantes. Il est tenu par un jeune acteur de bonne race (pardon pour l’utilisation de ce terme !) entouré de deux charmantes marraines : Natalie Dessay et Macha Méril. Lidon a fait un bon travail de mise en scène sur une excellente adaptation de Michael Stampe et dans un beau décor de Catherine Bluwal.


Cela n’arrive pas tous les jours, mais quand on assiste à une telle réussite, il faut aller à l’essentiel.
C’est le succès de la rentrée. A ne pas manquer !!!
La salle, ce soir, dépliait les strapontins, et cela ne fait que commencer. Une distribution qui fait rêver : Nathalie Dessay éblouissante, Macha Méril, tout autant. Bernard Alane, époustouflant. Valentine Galey, un Molière qui se confirme. Gaël Giraudeau, digne fils de famille. C’est une pièce écrite en 1919, par Stefan Sweig, dans une mise en scène du talentueux Christophe Lidon. Tout autre commentaire serait superflu ! Réservez vite !!!


Macha Méril est comme toujours lumineuse dans ce registre de la maturité raisonnable face aux passions les plus noires. Sa jeunesse d’esprit donne une fraîcheur inhabituelle à un texte étonnamment moderne dans une Europe en proie aux nationalismes et qui semble prête à retrouver ses démons d’antan. Le reste de la distribution est tout aussi convaincant, chacun occupant sa place avec justesse et sincérité. Stefan Zweig reste décidément indémodable.


Macha Méril campe Maria, l’ancienne amie, avec une émotion à fleur de peau, jouant la légèreté de la sagesse de toutes ces années passées qui n’ont pas oublié. Attachante Maria. Gaël Giraudeau incarne Friedrich, le fils de l’illustre Franck, avec une palette d’émotions brillamment restituée. On attend de lui qu’il ressemble à son père. Il attend de lui de pouvoir exister. Un personnage complexe, une partition bien jouée. Bernard Alane est Bürstein le biographe du défunt Franck, ami de la famille. Une magnifique interprétation dans le retrait ou la lumière de ce personnage, qu’il nous fait apprécier comme un ami qu’on aimerait connaître. Valentine Galey, adorable Clarissa, la fille attentive et détachée, la sœur attentionnée et compréhensive. Un rôle joué tout en délicatesse.
Une très belle pièce, une distribution convaincante et brillante. Un beau spectacle que je recommande.


Natalie Dessay, star du mélo ? Après avoir dérouté dans Und, la chanteuse lyrique revient sur les planches dans un rôle de composition, celui d’une mater dolorosa. En montant La Légende d’une vie de Stefan Zweig, Christophe Lidon fait naître beaucoup d’émotion. Pas une émotion facile mais une émotion vraie, naturelle, fluide. On croit au destin de cette famille hantée par le spectre écrasant d’un père adulé. Chaque comédien, intense dans sa partition, exprime pleinement son potentiel : la constellation de ces êtres finalement bien seuls forme une touchante galaxie.
Peut-on dissocier l’homme de l’artiste ? Pour comprendre l’artiste, le critique Sainte-Beuve estimait qu’il fallait nécessairement se pencher sur la personnalité de l’homme, en connaître chaque aspect, chaque grain de sable. Karl Frank, lui,  rayonnait à Vienne. Poète respecté, il suscitait l’admiration de tous. Sa mort a laissé un immense vide dans la maisonnée. Sa femme Leonor ravive la mémoire de feu son époux à travers des réceptions mais la lassitude guette. Friedrich, son fils, se lance dans une carrière littéraire mais comment exister face à une ombre aussi glorieuse et intouchable ? L’arrivée de Maria, ancienne compagne de Karl, va tout chambouler dans ce mausolée. Les confessions qui suivront risquent d’écorcher l’hagiographie si vivement entretenue du père…
La Légende d’une vie questionne la distance entre l’être et le paraître, la dissimulation, la transmission, la peur d’échouer, la nécessité de s’émanciper… Autant de thèmes universels brillamment agencés par Zweig.
Dans un magnifique décor Art Déco digne de Zweig, Christophe Lidon dirige l’ensemble tel un chef d’orchestre fort habile. La pièce prend de l’ampleur petit à petit. Natalie Dessay s’empare de son rôle de mère castratrice avec l’énergie du désespoir : elle donne tout sur scène. Volcanique, odieuse, anéantie, elle passe par toute la palette émotionnelle. Face à elle, Macha Méril se montre pétrie de dignité, terrienne et attendrissante. On s’attache à elle, à son histoire d’amante délaissée. La réconciliation finale entre les deux femmes touche la corde sensible. Ce combat de lionnes au caractère si différent se suit avec plaisir. Gaël Giraudeau, lui, campe avec fouge un jeune artiste torturé qui se cherche et essaye de comprendre qui il est.


On connaît peu le théâtre de Stefan Zweig, célèbre pour ses romans, ses nouvelles et ses biographies. Voici donc une pièce quasi centenaire écrite en 1919 ou cet orfèvre de la psychologie intime plonge dans les affres d’un jeune auteur cherchant à vivre avec le souvenir du père, poète devenu héros national. Qui pourra donc l’aider ? Sûrement pas sa mère autoritaire et bouclier moral de son mari. Peut-être Maria, l’étrangère le premier amour, qui détient un secret familial ?
La résurrection de cette pièce en français est rendue passionnante par sa distribution outre Macha Méril et le jeune Gaël Giraudeau (fils de comédiens), on découvrira aussi les talents d’actrice de la diva lyrique Natalie Dessay.


1919 dans la Vienne de Stefan Zweig. Une mère étouffe son fils sous le culte de son père, poète devenu icône nationale, tandis qu’une ancienne maîtresse refait surface et menace l’ordre et le secret imposés par la mère. Natalie Dessay et Macha Méril se livrent un combat sans merci et vibrent dans cette pièce d’une intensité redoutable et d’une psychologie profonde. La mise en scène de Christophe Lidon, élégante au possible, donne la clé pour s’immiscer dans ces secrets de famille avec une subtile retenue. Un nouveau challenge pour la « diva » Natalie Dessay très attendue au tournant.


Le décor, style art nouveau, renvoie avec une belle sobriété l’opulence des lieux mais aussi la rigueur qui pèse sur la maison familiale viennoise où Leonor Franck règne en maîtresse incontestée. Elle a consacré sa vie à honorer la mémoire de son mari, le grand poète Karl Franck, une icône nationale. Elle s’est évertuée à sculpter de lui l’image idéal d’un marbre blanc sans tache, ni aspérité, avec l’indéfectible fidélité de Hermann Bürstein, ami, éditeur et biographe de Karl. Ce soir, une lecture d’une œuvre de Friedrich Marius Franck, le fils aîné, est organisée dans la demeure, mais Leonor est contrariée par une organisation qui ne lui convient guère et surtout par le comportement de Friedrich. Le jeune homme aimerait ne plus avoir le poids de ce père célèbre sur ses épaules, s’affranchir de l’inévitable comparaison. Tandis que Bürstein et Clarissa, la fille cadette, venue spécialement pour la soirée, aident au bon déroulement de l’événement, les disputes entre la mère et le fils se succèdent.
Soudain une femme survient. Maria Folkenhof explique avoir entrepris le voyage pour assister à cette lecture et faire plus ample connaissance avec Friedrich. Est-elle vraiment une « étrangère » à cette maison, comme le dit Leonor qui tente de l’éconduire ?
Cette œuvre méconnue de Stefan Zweig décrit avec minutie la société viennoise du début du XXe siècle avec ses secrets et son apparence et brosse une remarquable étude psychologique des caractères. L’impressionnant travail de traduction et d’adaptation cisèle les personnages. Leonor Franck cache sous son intransigeance le cœur d’une femme ayant sacrifié sa vie à un époux qui l’a toujours ignorée. Hermann Bürstein, l’ami intime, aveuglé par l’admiration, n’a jamais perçu les défauts du grand homme. Friedrich rejette un père qui l’étouffe. Clarissa semble avoir surmonté le sentiment d’avoir été oubliée par un père « absent ». Maria, enfin, crée la surprise par une visite dont le but ne laisse pas d’inquiéter l’épouse et l’ami.
Les dialogues vont à l’essentiel. Ils découvrent peu à peu le rôle majeur joué par Maria autrefois et tout ce qu’il en reste. Tout est là, intact, mémoire vivante d’un lourd passé, dans cette chambre d’hôtel où Hermann Bürstein vient lui rendre visite, redoutant, comme Leonor, les conséquences de cette réapparition soudaine. Il précède de peu Friedrich dont la démarche est celle d’un fils qui hait son père et veut en connaître le passé. C’est un tout autre homme qui sort de ce tête-à-tête…
Leur rôle respectif est un véritable cadeau pour Natalie Dessay et Macha Méril, excellentes Leonor et Maria. Bernard Alane, Gaël Giraudeau et Valentine Galey, personnages essentiels face à leur confrontation, leur donnent la réplique avec beaucoup de finesse.


Le metteur en scène Christophe Lidon redécouvre une pièce de Stefan Zweig qui raconte l’affrontement entre deux femmes autour de la mémoire d’un grand écrivain. Natalie Dessay, maintenant acquise au théâtre, et Macha Méril se livrent à un combat sans merci, autour du jeune Gaël Giraudeau. Puissant et superbement incarné.
Vienne, les années 1920. Leonor Franck, veuve du célèbre poète Karl Amadeus Franck, est la gardienne d’un temple dédié à la mémoire de son mari. Elle pratique son veuvage d’une main de fer, organisant avec le biographe Hermann Bürstein, joué par Bernard Alane, hommages poétiques et soirées de gala dans un appartement en forme de musée ou l’élite viennoise, triée sur le volet, défile sur carton d’invitation. Dans un très beau décor de Catherine Bluwal, fait de hautes tentures d’or et d’un salon strié de motifs géométriques stylisés qui s’emboîtent, Natalie Dessay est une héroïne vibrante, dominatrice et fragile à la fois, dont l’empire de certitudes qu’elle a bâti autour de son époux va peu à peu s’effondrer. La comédienne, le corps fin et moulé dans une robe mordorée, crinière de la même couleur, impulse à son jeu une fébrilité et un dynamisme remarquable, donnant à ce personnage autoritaire une ambivalence et des failles évidentes.
Car la forte Léonor va voir s’ébranler la légende créée pour son mari avec l’apparition de Maria, une étrangère venue assister à une soirée donnée en l’honneur du fils de l’écrivain, Friedrich, censé poursuivre l’œuvre de son père. Gaël Giraudeau, présence chaleureuse et regard clair, campe un fils écrasé par un héritage trop grand pour lui, qui se révolte en ruant dans les brancards des mondanités et des conventions. Violent et tendre à la fois, impétueux et brutal, le jeune acteur est remarquable, dirigé très justement par Christophe Lidon. La rencontre avec Maria, subtilement interprétée par Macha Méril, va lui ouvrir les portes de la vérité, alors qu’il découvrira que la biographie composée à la gloire de son père n’est pas forcément la plus juste.
Michael Stampe a adapté la belle pièce de l’écrivain viennois Stefan Zweig dont, malgré un début un peu longuet et des références datées, on retrouve le puissant talent d’analyse psychologique dans une peinture de personnages tourmenté par l’histoire. Le brouillard entre vérité et mensonges, générosité et égoïsmes, vraies et fausses valeurs, dans une lutte démentielle des égos artistiques, reste aujourd’hui incroyablement actuel. Surtout, Zweig a l’art de brosser des personnages dont l’humanité nous bouleverse par son ambivalence, sans manichéisme ni artifice. Ce grand portraitiste est ici servi par de beaux acteurs qui nous touchent.

 
A Vienne, au début du XXème siècle, l’effervescence est à son comble dans la maison du grand poète défunt Karl Franck. Son fils, Friedrich, s’apprête à donner une lecture de ses propres textes. L’occasion pour le jeune homme de faire découvrir son œuvre. Mais l’écrivain hésite : la peur d’être comparé à son père et de ne pas être à la hauteur de sa légende semble trop forte. Ecrite en 1919 par Stefan Zweig, cette pièce demeure peu connue en France. L’auteur autrichien y aborde avec pertinence la difficulté à assumer, pour un enfant d’artistes, la renommée de ses parents. Hasard ou non, le personnage de Friedrich est – formidablement – incarné par Gaël Giraudeau, fils d’Anny Duperey et de Bernard Giraudeau. Mais le tour de force du metteur en scène Christophe Lidon reste d’avoir rassemblé sur les planches Natalie Dessay (la mère) et Macha Méril (la marraine). Les deux comédiennes forment un duo magnifique qui pourrait bien, lui aussi, entrer dans la légende.


Le beau décor de Catherine Bluwal  sert d’écrin à cette étude psychologique mélodramatique de Stefan Zweig subtilement mis en scène par Christophe Lidon. Mais que vient faire cette Maria Folkenhof que les aînés redoutent mais qui reste une inconnue pour les jeunes ? C’est Macha Méril qui prête vie et son talent à cette intruse. Sa finesse de jeu et son coté attachant captent l’attention du public, autant que celle du fils de la maison pour le personnage de cette femme. C’est Gaël Giraudeau, auteur d’une remarquable prestation qui incarne ce fils tourmenté qui va peu à peu, grâce à cette revenante, faire la lumière sur l’origine de ses tourments, sa sœur étant jouée avec justesse par Valentine Galey. On retrouve dans le rôle du biographe éditeur de son père, l’excellent Bernard Alane et dans celui de la mère, gardienne du temple, la divine « diva » Nathalie Dessay, dans une interprétation toute en nuances, forte et bouleversante à la fois. La scène finale entre les deux femmes est un pur moment d’anthologie. Du beau théâtre comme sait souvent nous proposer la directrice de ce lieu mythique, Myriam Feune de Colombi.


Cette pièce astucieusement mise en scène par Christophe Lidon reprend l’histoire d’une nouvelle décrite par son auteur, Stefan Zweig, comme un drame moral et contemporain.
Vienne 1919. Un jeune poète tente d’échapper au culte voué à son père mort Franck, icône nationale dont l’image l’étouffe et l’empêche d’exister par lui-même. Sa mère, Léonor, intransigeante, autoritaire a toujours maintenu intact le culte de son grand homme auprès de sa famille et de son entourage. C’est alors qu’un grain de sable vient enrayer cette belle machine avec l’irruption d’une femme du passé, Maria, qui fut la muse de ce grand homme et qu’Éléonore a tenté d’effacer de sa vie. S’ensuit une quête de la vérité par l’explosion de secrets qui vont ébranler toute la famille. La manifestation de cet étouffement puis du soulagement exprimé par le fils ainsi que l’affrontement de ces deux femmes sont remarquablement rendus sur scène, dans un suspense psychologique intense dont Zweig a le secret.
Les interprètes sont imprégnés de leurs rôles ; Natalie Dessay, immense chanteuse classique en mère autoritaire, Macha Méril en femme digne, sortie de l’ombre, Bernard Alane en homme de confiance de la famille, Gaël Giraudeau en fils en colère et révolté et Valentine Galey en fille écartelée entre sa mère et son frère.


Dans les décors d’une Vienne Art Déco des années 1900 – une colonne d’or scintillant à jardin pour un rappel de Klimt et une splendide baie vitrée au lointain, cernée de lignes géométriques de métal – dont la scénographie est de Catherine Bluwal, se joue La Légende d’une vie de Stefan Zweig, créée par Christophe Lidon. La Légende d’une vie (1919) apparaît comme une illustration du Monde d’hier du même auteur viennois attaché à décrire un monde révolu auquel il ne survivra pas. Un univers intellectuel et artistique protégé mais condamné à sombrer face à l’Histoire. Ici, clivages sociaux et mensonges de sauvegarde des honorabilités. « Un drame moral et contemporain », selon l’auteur qui écrit à son ami Romain Rolland, « le combat du fils contre la figure légendaire et faussée du père défunt qui l’opprime moralement et qu’il commence à aimer après avoir arraché le masque héroïque modelé par sa famille et reconnu l’homme coupable et humain en lui. » Occulter l’inavouable, faire secret des dérives qui mettent à mal les bienséances, ces gestes prémédités construisent un héritage pesant dont les plus jeunes pâtissent. On sait l’écoute sensible de Zweig pour la psychanalyse de Freud, son contemporain. Le drame d’un fils face à la légende bourgeoise d’un père construite par une mère excessive, dans lequel le père est un modèle spirituel – poète et dramaturge – duquel on ne connaît ni faiblesse ni dérive, ce que le fils ne supporte pas et rejette d’emblée. De plus, l’héritier est un auteur qui doit tuer symboliquement le père pour trouver sa place, ce qui lui est impossible face aux murs de mensonges pressentis. La vérité adviendra par le hasard d’une rencontre avec une étrangère, l’amante de son père. Les secrets volent en éclats pour peu à peu mettre au jour les passions d’un être banal, partagé entre le confort d’une vie bourgeoise admirée et la vérité du cœur. L’épouse fidèle est interprétée par la vive Nathalie Dessay, organisatrice née qui ordonnance le passé d’un époux défunt selon ses vœux à elle, aidée du biographe attitré du poète qu’elle asservit et dont le rôle équivoque revient à Bernard Alane. La petite couturière de jadis, aimée du grand maître, est une femme du temps présent qui a émigré aux Etats-Unis, patiente et noble dame qui s’est sacrifiée. Macha Méril incarne la sagesse de l’âme et la patience existentielle, au-delà de ses propres blessures, secondant le fils pour l’ouverture d’un passage à la vraie vie, et Gaël Giraudeau cultive avec brio à la fois le découragement et l’emportement requis. Valentine Galey joue à ses côtés une sœur aimante et attentive. Comment se départir d’une vérité officielle qui fait légende pour se trouver soi dans sa nudité ? Un spectacle juste et délicat qui met au jour les éternelles intermittences du cœur, par-delà les mœurs mensongères et désuètes d’une époque aujourd’hui révolue.

 

Les spectacles et leur distribution ne sont pas contractuels

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