2002 - 2003
Cocteau-Marais
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Après son triomphe et le Molière du meilleur acteur qui lui avait été attribué pour « Du côté de chez Proust », Jacques Sereys, après Jean Marais, va personnifier Jean Cocteau.

L’adaptation due à Jean Marais et Jean-Luc Tardieu va être en effet créée à la Comédie Française, au Studio, en septembre prochain.

Lorsque l’on connaît la désinvolture brillante, l’esprit et l’élégance de Jacques Sereys, l’identification au personnage de Jean Cocteau s’avère évidente.

Unis par les jardins du Palais Royal où habitait Cocteau, l’esprit de l’un rejoint le talent de l’autre et le Sociétaire devient le poète sans nulle transition nécessaire.

 


Cocteau-Marais

Par Pierre Notte, secrétaire général de la Comédie-Française

 

J’étais le véhicule d’une force qui veut vivre à ma place. Qu’elle vive ! Elle verra ce que c’est. Cocteau

 

Jean Cocteau, Jean Marais.

Fin des années quatre-vingt-dix, dans le Sud, à Vallauris où il s’est installé, Jean Marais raccompagne un ami metteur en scène, Jean-Luc Tardieu, au pas de la porte. Celui-ci s’inquiète : « Tu n’as pas peur de l’ennui ? ». Jean Marais rit : « L’ennui ? Tu es fou ! J’attends ma mort avec une extrême curiosité ! ». En 1983, complices, Tardieu et Marais avaient composé un tableau théâtral singulier, hommage intime au poète Cocteau, maître et amour de Marais. Sous le titre Cocteau-Marais, l’acteur, à 69 ans, offrait un voyage parmi les mystères de la vie foisonnante du démiurge, touche-à-tout de génie. Marais signait le décor et supervisait le collage des textes, aphorismes assemblés en un monologue biographique, tissé de près de quatre-vingts sources : romans, théâtre, films, journaux inédits ou correspondances particulières. Cocteau-Marais, par la voix du Michel des Enfants terribles ou du prince et monstre de La Belle et la Bête, évoquait tous les visages de Cocteau ; l’enfant au père suicidé, l’adolescent engagé dans une guerre qui ne veut pas de lui, l’inconsolable veuf de Radiguet, le mondain lucide, le douloureux fumeur d’opium, l’artiste provocateur, casseur et passeur de miroirs, exposé à tous les risques d’une création éclatée et sans cesse novatrice…

Jacques Sereys

Bricoleur, confectionneur de coussins, de meubles, peintre, imitateur, amoureux des plantes et des animaux, et sociétaire honoraire de la Comédie-Française, Jacques Sereys reprend la place et le texte de Marais. Il se souvient d’avoir croisé dans les années cinquante le poète Cocteau, « une élégance rare, discrète, raconte-t-il. Il était entouré des mystères qu’il n’a jamais cessé de cultiver, d’explorer. » Comme Jean Marais, mais à d’autres périodes, Jacques Sereys fréquente la Maison de Molière à plusieurs reprises, y passe trente ans jusqu’en 1997 par intermittence. Il traverse aujourd’hui les miroirs de Cocteau, évocation libre et limpide des paradoxes du poète. « Il est pourtant très loin de moi, dit-il, cet homme qui a fouillé toutes les formes de l’art, et lutté toute sa vie pour comprendre en vain le mystère de la mort. » 

Jean-Luc Tardieu

Quand Sereys voit et admire Edwige Feuillère, seule en scène, il éprouve le désir d’un risque indécent : jouer seul et pourquoi pas Proust. Il rencontre alors le metteur en scène Jean-Luc Tardieu, crée Du côté de chez Proust, et rafle le Molière du comédien. Il recommencera l’expérience au festival d’Avignon Off, à 78 ans, avec Daudet dont il interprète seul les contes, sous l’oeil délicat du même complice. Jean-Luc Tardieu a dirigé Edwige Feuillère, Jean Marais, Georges Wilson, Michel Blanc, Michel Sardou, mais aussi la Maison de la Culture de la Loire-Atlantique de Nantes ou plusieurs cérémonies des Molières. Il se rappelle le voeu cher de Jean Marais : « Il faudra que ce texte vive, hors de moi. Tu n’auras qu’à retirer mon nom… ». En 2008, le déclic, tardif, est imparable. Jacques Sereys, mieux que personne, reprendra la voix de Cocteau-Marais, et avec elle, le périple dans un siècle et une existence troubles, tous deux « souffrants, saignants », parsemés de fantômes et d’effrois, de joies et de deuils, d’amours, de haines, et d’épreuves qui n’entamèrent jamais pourtant une aptitude inouïe à l’émerveillement.

Pierre Notte, juin 2009

 

Les spectacles et leur distribution ne sont pas contractuels

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